Couleurs des Suds. Antoine et Jos Henri Ponchin

Affiche Couleurs des Suds Antoine et Jos Henri PONCHIN Titre site

Du 2 juin au 23 octobre 2022, le Musée Regards de Provence met à l’honneur les peintres marseillais Antoine Ponchin (1872-1933) et Jos-Henri Ponchin (1897-1981), père et fils issus d’une famille d'artistes de deux générations. Tout au long de leur vie, ils ont nourri un attachement profond au Sud, retranscrivant la lumière et l’atmosphère de leur Provence natale, s’efforçant d’en capter les nuances. Portés par le gout du voyage, ils iront à la recherche de nouveaux paysages et ambiances d’autres pays et d’Indochine en particulier.

Antoine Ponchin, formé à Paris par les peintres Decanis, Humbert, Gagliardini et Jean-Baptiste Olive devenu son maître et ami, est répertorié comme peintre de Montmartre. Son travail se caractérise par ses vues de Martigues, de l’Etang de Berre, des côtes marseillaises, mais également des canaux vénitiens, qu’il peint à l’occasion de plusieurs séjours (1908, 1910, 1913).

Reconnu pour son talent d’affichiste, il réalise plusieurs affiches, notamment pour les chemins de fer de l’Etat, plage de l’Océan, Les Sables d’Olonne, le tourisme à Madrid, ou l’exposition maritime internationale de Bordeaux (mai-novembre, 1907). Après la 1ere guerre mondiale, il retrouve la possibilité de voyager et accompagne certains projets ambitieux : il participe à l’exposition coloniale de Marseille de 1922 et reçoit la même année le Prix Indochine, décernée par la société coloniale des Artistes français.

Après un voyage en Tunisie (1922), il part alors pour l’Indochine en 1923 pour sceller un contrat de réalisation de panneaux, pour la décoration du lycée Indochinois et du palais du gouverneur général à Hanoi qu’il réalise en France. Commande qui lui vaut de recevoir la légion d’honneur.

Rejoint par son fils Jos-Henri et sa famille en 1925, il s’adonne à des peintures indochinoises, se concentrant sur les lieux les plus pittoresques de l’Indochine pour les occidentaux.

De retour d’Indochine, il poursuit ses peintures ensoleillées et généreuses de Martigues et des bords de mer sur la côte marseillaise. Les tons sont ocres, dorés, bleus profonds, mais aussi roses et violets, couleurs qui caractérisent sa peinture à cette époque.

Jos-Henri Ponchin, étudie très tôt le dessin et la peinture dans un cénacle familial propice. Après des études à l’Ecole des Beaux-Arts, il réside un temps en Corse pour une carrière professorale, où il rencontre sa femme Laure Tafanelli qu’il épouse en 1924. De là, il réalise des marines des golfes et des vues de l’arrière-pays, caractérisées par un mélange entre le style impressionniste et une netteté de trait qu’il ne reniera jamais. Son style de jeunesse est marqué par l’impressionnisme et le pointillisme.

Les jeunes époux suivent le destin réservé aux fonctionnaires français, qui les mène aux quatre coins de l’empire colonial. Jos-Henri découvre la magie de l’orient et séjourne en Algérie en 1924 où il peint des vues de l’oasis de Bou Saada, lieu à la mode chez les peintres orientalistes, aux portes du Sahara. Dans la lignée de son père, il réalise aussi ses premières affiches publicitaires pour l’arrière-pays constantinois et ses ruines romaines, travail qui lui sera utile en Indochine, où il accompagne son père en 1925.

De 1925 à 1931, Jos Henri est affecté comme professeur de dessin et d’art au lycée français de Hanoï. Cette période correspond à sa première période artistique où il acquiert une maturité reconnue par l’ensemble de ses pairs, qui se traduit par des récompenses aux salons des artistes français, où il envoie régulièrement ses œuvres. Celles-ci sont réalisées le plus souvent à la gouache, avec des touches larges, même si le peintre utilise aussi l’huile et l’aquarelle. Ses tableaux font ressortir l’atmosphère des rizières tonkinoises, de la vie quotidienne annamite, des marchés cochinchinois. Malgré sa notoriété grandissante, il doit quitter l’Indochine pour des raisons familiales en 1931 et laisse derrière lui une immense nostalgie et une empreinte parmi les peintres français qui ont aimé ce pays et su en faire ressortir la grandeur mais surtout l’authenticité.  Ses affiches sont reproduites en grand nombre et connaissent un grand succès encore aujourd’hui.

Jos continue de mener de pair sa carrière professorale et son métier de peintre et passe un temps à Reims, où il profite pour peindre la « Venise du Nord » de Bruges reflétant avec fidélité le climat local par le peu de lumière. En 1933, il est affecté à Marseille où il se consacre à la peinture des paysages provençaux et à la décoration des paquebots pour les compagnies Fabre Freycinet et Paquet. Ses panneaux décoratifs combinent la chaleur des paysages méditerranéens au style des années 30, effleurant l’art déco.

En parallèle, il retranscrit la lumière du sud, Martigues et sa Provence natale, et s’efforce d’en capter les nuances, tout en s’attachant aux paysages traditionnels de l’arrière-pays. Il affectionne particulièrement les petits matins en bord de côte, les calcaires blancs des Alpilles, les eaux calmes de l’étang de Berre. Désirant plus que tout « peindre vrai », il retransmet dans ses toiles les impressions ressenties, souvent ensoleillées et pleines de chaleur.  Il ne renie pas cependant les sombres cieux précédant les orages provençaux, et produit à l’occasion de toiles pleines de force fauviste.

Après un voyage au Maroc au début des années 50, le peintre s’accorde en famille des vacances estivales à Tolède, d’où il ramènera des toiles retranscrivant fidèlement la Castille brûlée par le soleil mais fière, mais aussi les eaux sombres du Tage par temps d’orage, ou les cloîtres.

Les années se poursuivent et se ressemblent, marquées par des peintures ensoleillées de la campagne provençale, de Gordes et de Martigues surtout, et des expositions marseillaises. A la fin de sa vie, il peint de plus en plus en atelier, et construit des natures mortes le plus souvent de fleurs, d’objets provençaux ou indochinois, qui composent son environnement et rappellent sa jeunesse indochinoise.

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